Amérindienne Brésil

Pourquoi le mot vieillesse n’existe pas chez les amérindiens du Brésil ?

Fatima fait partie de ces personnes qui vous électrisent au premier contact. Elle est Amérindienne et appartient à la tribu des Potiguaras, les « mangeurs de crevettes ». Elle vit dans la région du Nordeste du Brésil où nous avons pu la rencontrer grâce à notre partenaire Terra Nossa, un opérateur touristique français basé au Brésil et spécialisé dans les expériences hors des sentiers battus qui soutien notre projet. C’est au sein d’une réserve protégée que nous avons pu partager le regard sur l’âge de cette femme exceptionnelle qui ne connait pas le mot vieillesse…

Les potiguaras, peuple indigène entre terre et mer

Ce sont prêt de 100 000 indigènes potiguaras qui vivaient dans la région du Nordeste du Brésil avant l’arrivée des européens au XVI siècle. Ils sont aujourd’hui 12 000 et vivent majoritairement sur un territoire récupéré en 1988. Dans cette réserve située à proximité de la capitale régionale João Pessoa, ils peuvent vivre selon leurs traditions et leurs règles. Bien que de nombreux potiguaras se sont convertis au catholicisme, les croyances ancestrales dans les dieux de la nature et dans les cycles naturels demeurent. Fatima est une Pajé, c’est à dire une sorte de chaman version amérindienne. C’est sa mère qui lui a transmis ses dons « la nuit de sa mort ». Elle est donc médecin mais aussi « conseillère » pour de nombreux habitants de la réserves. Du haut de son mètre 60, c’est cette femme hors normes qui nous a confié sa vision de la vieillesse.

Un rapport au temps à l’opposé de celui des européens

Avant de réaliser notre interview, Fatima nous jauge et veut prendre le temps de nous connaître. Après quelques minutes de marche sous un soleil brûlant, nous arrivons dans une grotte envahie de chauves-souris. C’est ici que nous fumons un mélange de tabac, d’herbes et d’anis. La fumée assainie et fait partir les mauvais esprits. Nous entamons notre échange autour de la vieillesse. Quand nous abordons ce sujet (hors caméra car le lieu est sacré), la réponse est sans équivoque : « le mot vieillesse ne veut rien dire pour nous ! ».  Les dates et les anniversaires ne font pas partis de notre culture. Mais alors comment rythmer ses journées ? Ses récoltes ? Sa vie ? Pour Fatima, c’est la nature et le rapport à l’autre qui donnent le tempo. C’est cette ouverture à son environnement qui équilibre les vies.

Le choc des cultures quant à la manière de vivre avec nos anciens

Pendant nos échanges, nous expliquons à Fatima comment nous vivons avec nos anciens en France : maintien à domicile avec des auxiliaires de vie et maisons de retraite pour les plus âgés. Sa surprise se matérialise par un fou rire, une incompréhension totale de notre modèle qui lui semble à la fois inhumain et absurde. Le rôle des anciens est tellement important dans l’éducation des enfants et au sein même de la communauté que le choc est énorme. Par exemple, c’est elle, la Pajé mais aussi la doyenne, que l’on vient consulter en cas de questionnement sur sa vie, sur les décisions importantes à prendre. La bienveillance et la sagesse s’acquièrent avec l’âge. Cette sagesse est le pilier d’une culture amérindienne qui subsiste dans un pays bigarré où les singularités s’effacent peu à peu malgré le travail des communautés locales. Avant de nous quitter, Fatima nous embrasse et nous rappelle que le passé est derrière nous et que le présent est à vivre aujourd’hui…

 

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